À Paris, les ressortissants de Sédhiou et leurs élus locaux peaufinent les stratégies de développement de leur région

Cela commence à devenir une routine. Depuis deux ans, sous l'impulsion de l'Agence régionale de développement de Sédhiou, des élus locaux vont régulièrement en Europe à la rencontre des ressortissants de leur région située dans le sud du Sénégal. Objectif : comment impliquer la diaspora de manière à sortir leur région de la pauvreté qui la caractérise et qui fait d'elle une des moins nanties du pays. Samedi, lors d'un forum tenu par l'EMDS, en marge d'une tournée qui mènera la délégation jusqu'en Espagne, migrants et élus locaux ont, comme lors des précédentes missions du genre, approfondi leurs échanges sur les voies et moyens à emprunter pour sortir leur terroir de l'ornière.

La diaspora, fer de lance du développement ? Pour les élus locaux des différents départements de la région de Sédhiou (sud du Sénégal), cela ne fait visiblement aucun doute. Car voilà quelques années que les représentants des institutions de cette région se sont lancés à l'abordage de leurs frères et sœurs de la diaspora en Europe, notamment en France et en Espagne où ils sont plus nombreux.

 

Depuis la semaine dernière, une forte délégation composée d'élus locaux de la région, de représentants de l'Agence de développement régional (ARS), et de la structure dédiée aux migrants (EMDS- Espace Migration Développement de Sédhiou) se trouve en Europe pour une nouvelle campagne de sensibilisation, d’information.

Première étape : Paris. Dans la feuille de mission de la délégation, des rencontres avec des partenaires au développement mais aussi et surtout les ressortissants des différents départements de la région, qui sont de facto des potentiels investisseurs.

Samedi 22 octobre, sous l'égide de l'EMDS, tout ce beau monde s'est retrouvé dans le 18e arrondissement de la capitale française. Il s'agissait, encore une fois, d'informer sur les potentialités de la région de Sédhiou, les leviers mis en place pour accompagner les potentiels investisseurs…

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« L’objectif de ce forum c’est de pouvoir échanger avec la diaspora pour qu’ensemble nous puissions conjuguer un même verbe en un même temps, compte tenu des actes que l'Etat est en train de poser et compte tenu de ce que les migrants doivent faire dans leur pays d'origine. Nous voulons que la diaspora s'implique davantage pour qu'elle puisse participer même, à l’avenir, aux conseils municipaux et départementaux. Les questions de développement ne vont pas aller sans l'apport de la diaspora, c'est pourquoi nous comptons sur elle », expliquera à la presse Aliou Diallo, Président de l'EMDS et 2e vice- président du conseil départemental de Sédhiou.

« C'est une initiative très importante surtout pour nous en tant qu'acteurs locaux qui accompagnons les migrants dans leurs projets, mais aussi pour les potentiels migrants. On peut utiliser la migration pour booster le développement de Sédhiou. Au niveau de Sédhiou il y a un cadre d'échange (EMDS) dédié aux migrants, il faut donc qu’ils en profitent. », appuie Bousso Ndiaye, animatrice à l’EMDS.

"Quand le pont de Marssassoum sera construit et la boucle du Boudi? réalisée, Sédhiou sera le cœur de la Casamance..." (Nfally Badji, Ditecteur ARS)

Un peu plus tôt, le directeur de l’ARS, Nfally Badji, faisant allusion à un des points phares du programme de développement de la région annoncé par le gouvernement du Sénégal, avait, optimiste, galvanisé l’auditoire :

 « Quand le pont de Marssassoum sera construit et la boucle du Boudi? réalisée, Sédhiou sera le cœur de la Casamance. Alors, vous tous vous devez en ce moment rentrer et investir. »

Son message est clair : les migrants doivent faire vite pour créer des projets afin de contribuer à cet élan de développement naissant de leur terroir d’origine.

Les échanges qui vont suivre avec la salle tourneront notamment autour d’une certaine crise de confiance entre migrants et autorités locales. Les premiers reprochant aux seconds de ne pas les associer dans le processus décisionnel.

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« A vous les élus locaux, nous vous demandons d’impliquer la diaspora dans le processus d'élaboration des programmes de la région, des prises de décisions. Souvent, quand les gens arrivent avec des projets, ils se sentent snobés », martèle Bamba Dramé, vice-président de l’EMDS.

Plusieurs autres migrants interviendront dans le sens de son propos. Et parfois c’est pour appeler les élus de la région à représenter « plus efficacement » Sédhiou dans les instances nationales, aux fins de taper dans l’œil des autorités pour qu’elles s’intéressent davantage au développement de la région.

« Il faut que notre région aussi se fasse entendre là où se prennent les grandes décisions de l'Etat. », lance Balla Moussa Sonko. Avant de conclure sur une boutade : « dans ces réunions, il faut que vous défendiez bien notre région, si ne le pouvez pas, la diaspora viendra prendre votre place. »

"En général les populations restées sur place pensent que les migrants sont devenus en quelque sorte des Occidentaux..."

« A chaque fois qu’il y a un différentiel tant soit peu, cela établit une crise confiance. En général les populations restées sur place pensent que les migrants sont devenus en quelque sorte des Occidentaux. Quelque part, certains migrants également ont une certaine hauteur de vue par rapport à ceux qui sont restés sur place. Cela ne manque pas de créer une certaine méfiance des uns par rapport aux autres. Mais je pense que de ce point de vue-là, les migrants peuvent avoir confiance aux élus locaux actuels pour dire qu'au niveau il est prévu que ces migrants-là puissent trouver l'appui nécessaire pour réaliser leurs projets », analyse Mohamed Diaté, Président du Conseil départemental de Bounkiling et Conseiller technique du DG des Impôts et Domaines, interrogé sur cette crise de confiance qui refroidirait les migrants porteurs de projets à investir chez eux.

Dans le jeu de ping-pong entre migrants et leurs élus locaux, M. Diaité et les autres membres de la délégation ont, à leur tour, appelé les migrants à mieux s’organiser, à se structurer dans une grande fédération des ressortissants de la région ; ce qui pourrait huiler les échanges avec les élus locaux de la région et de leurs départements respectifs.

D’ailleurs, avant de mettre le cap sur l’Espagne, mercredi, il était prévu que les élus de chaque département rencontrent séparément leurs ressortissants en France, histoire d’échanger de façon plus ciblée sur leurs projets respectifs.

Source : Thierno DIALLO pour afriqueconnection.com

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